Remise-prix-Concours-décriture

Remise des prix du concours d’écriture épistolaire

Un jury a attribué une note à chaque œuvre, la remise des prix s’est déroulée dans l’Autre Librairie, le vendredi 6 décembre 2019.

Ci-dessous sont présentés les trois textes adultes arrivant en tête du classement, puis les deux textes de la catégorie des moins de 18 ans.

Lettre de Jean Paul, arrivant à la première place

Le 23 octobre 2019

Monsieur Jean De La Fontaine
Le Père-Lachaise
8 boulevard de Ménilmontant
75020 PARIS

Mon cher Jean,

Je me décide enfin à t’écrire. Il y a bien longtemps que je voulais le faire, mais finalement je pense que j’ai eu raison d’attendre.

C’est d’ailleurs ce qui me permet d’oser te tutoyer. J’espère que tu n’en seras pas surpris mais depuis le temps que nous nous connaissons, cela m’est venu naturellement.

Il est vrai que si je t’avais contacté dès la première fois que j’en ai eu l’idée, loin du « Mon cher Jean » qui introduit cette lettre, je t’aurais appelé « Monsieur » et t’aurais vouvoyé, bien sûr.

Figure-toi que je t’ai connu… au lit ! Oui la première fois que j’ai entendu parler de toi, j’étais dans mon lit, bien au chaud, car ma maman m’y lisait une histoire chaque soir avant de m’endormir. Après avoir épuisé les contes de Perrault, j’avais 6 ans quand elle a « attaqué » les fables de La Fontaine.

Elle a commencé tout bonnement par le début, la fable 1 du livre 1, et, d’entrée, j’ai trouvé la fourmi pas très sympathique avec la cigale. Le soir suivant, ce fut « Le corbeau et le renard« . Je dois dire que cette histoire m’a laissé rêveur et je me suis endormi rempli de doutes. Le lendemain matin, au petit-déjeuner, j’ai demandé à maman quel était le fromage que le corbeau tenait dans son bec.
– Oh, ce devait être un camembert, m’a-t-elle répondu.
Sa réponse m’a laissé pantois.
– Mais un camembert, c’est bien trop gros pour loger dans le bec d’un corbeau ! Maman il faut que tu téléphones au monsieur pour lui dire qu’il s’est trompé et qu’il doit changer de fromage dans son histoire.
– Ce n’est pas possible, mon chéri, il n’a pas le téléphone.

J’étais très surpris que quelqu’un qui écrit des histoires comme toi, n’ait pas le téléphone. En fait, j’ai pensé ensuite que maman avait répondu camembert parce qu’elle était originaire de Normandie, mais qu’elle ne savait pas de quel fromage il s’agissait. N’importe qui sait qu’un camembert ne peut tenir dans le bec d’un oiseau. Ceci étant, quand, quelques soirs plus tard, elle m’a lu « Le renard et la cigogne« , j’ai bien compris que tu n’y connaissais rien en animaux car, tout de même, s’obstiner à faire manger une cigogne dans une assiette plate et un renard dans un vase à long col, cela prouvait bien que tu n’avais pas beaucoup mis les pieds à la campagne et que tu ne maîtrisais pas ton sujet.

Ce n’est que bien plus tard, quand je suis rentré en Seconde que je t’ai retrouvé. J’avais quinze ans et j’ai été surpris quand je t’ai vu à notre programme de littérature car pour moi tu n’étais qu’un conteur pour enfants.

J’ai découvert que tes fables avaient une toute autre dimension que des histoires d’enfants et que l’impertinence à l’égard des « Grands » de ce monde s’y mêlait à la sagesse et au bon sens populaire. J’ai donc compris que la taille du fromage importait peu et que le vase à long col était un piège.

Toutefois la pleine adolescence dans laquelle je me trouvais alors, m’a fait à nouveau douter de quelques sentences que tu prononçais.

Ainsi moi qui excellais sur la piste d’athlétisme où mon corps de jeune homme testait ses capacités de jour en jour meilleures, j’avais du mal à imaginer être dépassé par une tortue même si le lièvre qui sommeillait en moi, partait avec retard. Et l’adolescent effronté que j’étais, considérait que même à « La cour du lion » toute vérité est bonne à dire. Quand à Perrette, la maladroite, fallait-il qu’elle soit cruche pour renverser son pot au lait alors même que, comme moi, elle était à l’âge où le monde nous tend les bras. Les certitudes de l’adolescence s’accommodent mal, parfois, des leçons de la vie.

Il n’en demeure pas moins que si je t’avais écrit alors, j’aurais ajouté un « cher » à « monsieur » car mon estime pour toi avait progressé d’un grand pas.

Mon parcours universitaire m’a éloigné de toi. La compagnie des philosophes, des juristes et des scientifiques m’était sans doute apparue plus digne du jeune homme en Études Supérieurs que j’étais devenu, laissant le fabuliste à ses petites histoires. L’étudiant prétend refaire le monde et déploie pour ce faire des théories fumeuses que le simple bon sens de tes fables ne doit pas troubler.

Ce n’est que bien plus tard que j’ai renoué le contact avec toi. Marié, avec trois enfants, je me devais de porter l’habit du père. Or figure-toi que, de nos jours, c’est le plus souvent au père qu’il revient de raconter des histoires à ses enfants le soir, juste avant de dormir. Les mœurs évoluent, tu en sais quelque chose pour l’avoir si souvent annoncé.

Je me fis donc un devoir d’ouvrir une fois encore mon recueil des « Fables de La Fontaine ». Que dis-je un devoir ? Non, je fais erreur, ce fut très vite un plaisir tant mes quarante ans bien sonnés me permettaient d’avoir déjà une bonne expérience de la vie.

Bien sûr, comme tout père qui se respecte, j’ai bêtement voulu privilégier les fables qui témoignent de l’importance de l’effort, du travail et du dépassement de soi. Ton « Laboureur et ses enfants » est, sur ce thème, incontournable. Ayant fini ma lecture à mon dernier-né de 6 ans, par un tonitruant : « travaillez, prenez de la peine », mon fils de 10 ans qui était venu se caler contre nous me demanda :
– Mais alors pourquoi tu parles toujours de tes jours de RTT à maman ? Je cherchais comment me tirer de ce mauvais pas, quand la question du petit acheva de m’effondrer :
– C’est quoi la RTT papa ?
J’étais donc acculé à parler de la réduction du temps de travail, notion dont ton laboureur ne faisait assurément pas la promotion à ses enfants. J’eus du mal à répondre et m’empêtrais dans des explications alambiquées pour justifier que réduire le temps de travail n’étais pas incompatible avec « prendre de la peine ». Pour faire diversion, je me rattrapais en leur accordant pour ce soir-là un bonus d’une deuxième fable qui, bien entendu, se trouva être « Le lion et le moucheron » tant les questions de mes fils m’avaient confirmé dans le fait que « les plus à craindre sont souvent les plus petits« . Pourtant, adolescent j’avais lu « Les deux pigeons » mais j’avais dû passer trop vite sur ton avertissement à propos des jeunes : « cet âge est sans pitié« .

À partir de ce jour-là, je fus toutefois beaucoup plus vigilant dans le choix des fables que je leur lisais. Cela me permit de constater combien, bien qu’étranger aux 35 heures, tu étais très au fait des relations de travail.

Dans le cadre d’un changement d’employeur, je venais d’expérimenter avec douleur « Le loup et l’agneau » découvrant un milieu professionnel où « la loi du plus fort est toujours la meilleure ».

Par la suite « Le héron » me fut très utile pour mieux mesurer mes aspirations professionnelles car « on hasarde de perdre en voulant trop gagner« . C’est pourquoi, si je t’avais écrit à cette époque, je me serais permis de remplacer le « cher monsieur » de mon adolescence par « cher Jean » à la faveur de notre proximité d’âge entre le temps où tu écrivais et celui où tes fables étaient précieuses pour l’homme que j’étais devenu.

Mes enfants ayant grandi, je te confesse qu’aspiré dans le tourbillon de la vie qui fait trop souvent le lit de notre manque de sagesse, je t’ai négligé et ton recueil est resté bien seul dans ma bibliothèque. Certes, le démon de midi m’ayant visité, la lecture de tes contes à la cinquantaine m’a donné une image moins moralisatrice du fabuliste et m’a permis de garder le contact avec toi. Je me suis toutefois souvent demandé ce qu’en pensait Marguerite de la Sablière ta protectrice, à moins, bien sûr, que tu en aies profité pour effeuiller ses pétales.

Le temps est passé et comme tu t’en doutes maintenant, je t’ai retrouvé grâce à mes petits-enfants ! Eh oui, cela devait bien arriver !

Jean, il faut que tu saches que nous sommes à l’époque où l’image est devenue reine et nos enfants, dès leur jeune âge, sont assaillis par les écrans que les adultes brandissent à tout propos. Je sais bien que dans « Les deux taureaux et la grenouille » tu nous assures que « de tout temps, les petits ont pâti des sottises des grands » mais je te prie de croire qu’aujourd’hui les grands que nous sommes sont particulièrement insensés. Nous passons de la télévision à l’ordinateur, de la tablette au téléphone et ne prenons plus le temps de développer notre imaginaire par la lecture et l’écriture.

Hier l’un de mes petits-enfants, en vacances chez nous, a fait une crise terrible car nous avions coupé la wifi. Il rentre en Première et envisage une carrière scientifique. Alors je lui ai lu « L’avantage de la science » qui oppose un fat riche à un savant sans fortune. Tu y dis notamment : « l’homme lettré se tut : il avait trop à dire » proposant le silence, là où l’écran prétend pouvoir donner réponse à tout. Si tu avais écrit à mon époque, peut-être aurais-tu rajouté : et le sot regarda son écran !

J’arrive donc à cette période de la vie où la grande faucheuse se profile à l’horizon ; et c’est tout naturellement qu’une fois mes petits-enfants endormis, je cherche une fable adaptée à mon âge.

Tu as raison, Jean, « le lion devenu vieux » que je suis aujourd’hui accepte les coups de ceux qu’il eut, autrefois, sévèrement réprimés. Je suis surpris de me voir encaisser sans broncher des attaques qui, jadis, m’auraient fait rugir. Il y a toutefois, comme tu le soulignes, une exception. Quand les coups sont donnés à un âne, c’en est trop et « c’est mourir deux fois que souffrir ses atteintes ». Il m’arrive donc encore de crier : mort aux cons !

Tu vois avec l’âge, « je plie mais ne romps pas » !

Et je me suis donc résolu à t’écrire pour, de tout cela, te remercier. Comme tu l’as lu, j’ai débuté cette lettre par « Mon cher Jean ». Je t’ai expliqué ce qui m’a autorisé à te dire « cher » à 16 ans, à t’appeler « Jean » à 40, et je me permets donc aujourd’hui, où je compte 67 printemps, de rajouter un « mon ». Car ils sont bien rares ces écrivains que l’on peut lire de l’enfance à la vieillesse en trouvant dans leurs lignes un sel d’un goût différent à chaque étape de la vie. Tu aurais été un compagnon tout au long de mon chemin et tu comprends donc que ce « mon » est plus affectueux que possessif. D’ailleurs tu n’appartiens à personne puisque tu es à tous.

J’ai recherché l’adresse à laquelle je pouvais envoyer cette missive et j’ai découvert qu’après ta mort, tu as encore bourlingué !

Inhumé au cimetière des Saints-Innocents, tu y es resté près d’un siècle jusqu’à la démolition de ce site ; puis ton corps a été transformé au musée des Monuments français. C’était tout de même bien mieux car innocent tu n’étais point et monument tu es pour les français ! Quand Louis XVIII a fait fermer ce musée, ton cercueil est parti pour le cimetière du Père-Lachaise et il me plaît bien de t’y savoir désormais. Tu es entouré de chanteurs, de comédiens, d’écrivains. Tu peux, le soir venu, discuter avec Molière, échanger avec Boileau, surveiller les amours de Piaf et Moustaki, fredonner avec Baschung et Higelin. Oui, être au Père-Lachaise te va bien car, finalement, plus qu’un écrivain, qu’un conteur et qu’un fabuliste, tu es un artiste !

Reçois, mon cher Jean, l’expression de mon affection fidèle et reconnaissante.

Lettre de Christophe, deuxième ex-æquo

« Les Livres Oubliés »
Librairie indépendante
11 rue des Potences
75015 Paris
01 06 54 32 12
Le 27 octobre 2019

Cher Franck Thilliez,

Il fait froid. Un froid particulier, glacial. Un de ceux qui vous pénètrent de manière insidieuse, progressive. Jusqu’à atteindre vos os et vous anesthésier de l’intérieur. Centimètre carré par centimètre carré. Désolé de commencer cette lettre par ces mots mais mon esprit divague. Je m’en rends bien compte. Depuis combien de temps suis-je ici, enfermé ? je ne saurais le dire. Des heures, des jours… L’endroit est sombre, lugubre même. Pour toute source lumineuse, je n’ai à ma disposition qu’une bougie et un briquet. J’essaie d’économiser au maximum ce petit rien qui change tout au cœur des ténèbres, mais la cire se consume vite. Je fais en sorte d’éteindre la bougie dès que je le peux mais sa lumière vacillante me rassure un minimum et, surtout, me permet d’écrire. Car, en plus de ce système d’éclairage rudimentaire, quelqu’un (mais qui ?) a mis à ma disposition quelques feuilles de papier et de quoi rédiger cette lettre. Une lettre qui vous est destinée, monsieur Thilliez. Oui, vous, mon auteur préféré. C’est à en perdre la tête, à n’y rien comprendre. D’ailleurs, la formule de politesse, qui introduit ce texte, n’est absolument pas de moi, pas plus que cette signature qui apparaît en bas d’une page vierge ? Soigneuse, appliquée, si ressemblante… De la même façon, apparaît un entête, juste au-dessus de ces quelques lignes. Les coordonnées de la librairie, dont je suis propriétaire depuis quatre ans à présent, y sont indiquées… jamais je n’ai déposé ma plume sur ces feuilles. Je m’en souviendrais si tel était le cas. Je devrais m’en souvenir. Mes pensées sont si confuses. Et cette obscurité n’arrange rien.

Mais je sois me ressaisir, remettre de l’ordre dans ce chaos. La lettre est prête à être écrite. Que dis-je ? je l’ai déjà commencée. Et je suis enfermé. Au milieu de nulle part, dans une sorte de cellule aux parois de pierres et de terre. Des barreaux scellent l’entrée de cet espace d’une douzaine de mètres carrés et la lourde porte de bois, seule issue possible de ce cauchemar, est fermée à double tour. Cette lettre, je dois l’écrire, je dois la terminer. C’est une évidence. Celui ou celle (ceux ?) qui me retient ici le veut. Et ne m’a laissé aucune autre possibilité. Une sorte de jeu pervers ? À l’image de ces « escape game » qui fleurissent un peu partout ces derniers temps ? Je n’ai pas de réponse. Et je préfère ne pas en avoir pour le moment. Il me faut me concentrer. Chaque détail va compter, je le sens. Car si je dois vous écrire, si cette missive doit vous parvenir, ce ne peut être que pour une seule et bonne raison : vous seul pouvez me sortir de là. De cet enfer.

Je me presse. Les mots s’entrechoquent dans ma tête. La lueur de cette bougie m’obsède, elle me rappelle à quel point ma situation est précaire. Si elle s’éteint, je sombre. Les ténèbres m’emporteront. Pour toujours. Par où commencer ? me saisir des détails. C’est ainsi que vous, monsieur Thilliez, vous procédez, dans chacun de vos romans. Oui, c’est ça, les détails. Ce sont eux qui pourront vous aiguiller, vous mener jusqu’à moi. J’essaie de vous imaginer, seul devant votre page blanche, occupé à manipuler les mots, à jouer avec eux, à laisser opérer la magie. J’essaie de penser à Hennebelle et Sharko, vos deux personnages principaux, vos deux flics aux flairs si affûtés. Que feraient-ils en pareille situation ? par où débuterait leur enquête ? Un homme disparu, enfermé quelque part. Une lettre, rédigée de sa main, qui attesterait de sa détention. De quoi Lucie et Franck auraient-ils besoin comme indices, comme bribes d’informations ?

Les lieux tout d’abord. Comme je l’ai déjà mentionné, je me trouve dans une sorte de cave, transformée en prison. De la terre, très noire, qui s’effrite aisément. Une texture proche de la suie. Peut-être cela vous indiquera-t-il quelque chose. De la roche également, et tout particulièrement de la pierre blanche, presque lumineuse dans cette obscurité. Des reflets qui scintillent sous l’effet de ma bougie de fortune. Peut-être du mica ou du quartz. J’ai conscience du manque de précisions, et j’ai bien peu de matière à vous fournir. Mais vos personnages, dans « Vertige » n’avaient pas beaucoup plus d’informations à leur portée. Vous saurez quoi faire. Je n’ai pas d’autre choix que de me raccrocher à ce petit espoir.

Lucie Hennebelle, guidée par son instinct, se dirigeait vers des professionnels susceptibles de lui indiquer autour de quelle zone chercher. De la terre noire, sombre comme la nuit. Des pierres blanches, contrastant avec l’opacité du terrain. Oui, elle saurait quoi faire. Et surtout, elle saurait convaincre Franck Sharko, son compagnon de toujours. Le père de ses enfants. Eux qui ont traversé tant d’épreuves, bravé tant de tempêtes. Mais il leur en faudrait plus. Qui je suis ? pourquoi moi ? qu’ils puissent mener leur enquête. Se rapprocher de la vérité.

L’adresse de ma librairie, le numéro de téléphone… Tout est indiqué dans cet entête figurant au début de cette lettre. Contactez ma famille monsieur Thilliez, faites travailler vos méninges, mettez-vous à ma recherche ! Comme si vous rédigiez votre prochain roman. Faites comme si j’étais le point de départ de votre nouvel ouvrage. Je crois, que dis-je, j’en suis certain : c’est à ce prix que j’aurais peut-être une chance de revoir la lumière du soleil.

Attendez… J’entends un bruit ! Je dois m’arrêter d’écrire. Je ne serai pas long, je vais tentez d’en savoir plus sur la raison de ma présence en ces lieux.

Me voici de retour. Par soucis d’économie, j’avais éteint ma bougie. La rallumer ne fut pas une mince affaire. Dans ma précipitation, j’avais égaré le briquet. Mais je suis là, de nouveau prêt à vous écrire.

Le bruit de tout à l’heure provenait de pas se rapprochant de ma cellule. Ces pas étaient ceux d’un homme, plutôt grand, massif, habillé de noir. Son visage était dissimulé par une cagoule et il n’a pas dit un mot. Il tenait une sorte de lanterne dont la clarté blafarde ne me permettait pas de distinguer grand chose. Il m’a apporté de quoi me nourrir. Une gamelle remplie d’un mélange incertain. Mais je n’ai pas fait mon difficile. La mixture était chaude et m’a fait du bien. L’homme n’a pas attendu plus d’une minute avant de rebrousser chemin. Mes appels n’ont rien changés. Je l’ai supplié de me dire quelque chose, de répondre à mes questions, mais seul le silence a fait écho à ma voix. Mais un détail a attiré mon attention, et je sais que vous saurez en tirer partie. C’est ainsi que Franck et Lucie procèdent. Dans chacune de leur enquête, c’est ce petit rien, découvert au hasard de leurs recherches, qui change la donne. Et ce détail est le suivant : l’homme avait beau se fondre parmi les ombres, il n’en reste pas moins que j’ai pu apercevoir un tatouage sur sa main droite, celle qui brandissait la lanterne. Un croissant de lune, entouré de trois étoiles. Cette marque doit être un symbole, elle doit avoir une signification. Je compte sur vous, sur votre immense esprit de déduction. Cet indice est primordial, je le sens.

La lueur de la bougie vacille dangereusement. Il ne me reste que quelques instants avant que les ténèbres ne prennent le dessus. Cet homme, va-t-il revenir ? Est-ce lui qui va se charger de vous transmettre cette lettre ? Va-t-il la lire ? Mais si tel est le cas il va découvrir la mention du tatouage… Mon esprit s’embrouille de nouveau. Cette histoire va me rendre dingue…

Une minute, peut-être deux. Dans quelques secondes j’aurai terminé de remplir ces pages. L’infime espoir que cette lettre vous parvienne me permet de tenir le coup, encore un peu. Si tel est le cas, si vos yeux sont en train de parcourir ces lignes, alors j’ai peut-être encore une chance. Et si vous ne me croyez pas, si vous me prenez pour un fou ou si vous pensez à une blague de bien mauvais goût, alors je suis probablement perdu. Dans ce ca, tant pis pour moi. J’aurais essayé. Et qui sait, ces phrases couchées sur le papier vous serviront peut-être pour votre prochain roman… Et dans ce cas, l’écriture de cette lettre l’aura pas été vaine.

Au revoir monsieur Thilliez, ou peut-être adieu. D’une certaine façon, passez ces derniers instants en votre compagnie fur un plaisir. J’ai rendez-vous avec la nuit à présent. Je l’espère douce et apaisante, bien que je la devine terrible et angoissante. À l’image de vos écrits.

Lettre de Viviane pour Albertine Sarrazin, deuxième ex-æquo

Angoulême, le 1er octobre 2019

Albertine, ma douce,

          Peut-être y a-t-il un au-delà où cette lettre te parviendra.

          Petite sœur de misère, petite sœur de galère, tu m’as donné les clés pour sortir du système. Tu m’as donné envie d’écrire la poésie.

          Comme toi, j’étais enfant trouvée ; tu m’as réconciliée avec la vie. Chaque jour, chaque nuit, je me saoule et me drogue de tes écrits.

          J’aime la richesse de ton vocabulaire, la hardiesse de ta syntaxe, ton originalité, ce savant désordre rebelle, la fantaisie surgissant, comme un diable libéré de sa boite, au moment où on l’attend pas.

          Tu dis le vrai. Tu parles crû. Tu piques et claques les bourgeois et les parvenus. Les retors, la censure, tu les as dénoncés, puis ignorés, préférant dessiner sur tes cahiers froissés.

          Vous n’étiez pas de même sphère.

          Pour eux, TA TERRE tourne à l’envers !

          Si, toi, tu t’es fait prendre, ils ne m’ont pas encore attrapée. Y a-t-il plus de « kaïras » aujourd’hui qu’autrefois ? Et les « copains » d’avant vont-ils me dénoncer ?

          S’ils veulent me mettre au trou, je t’y retrouverai. Je respirerai l’air que tu as respiré. J’écrirai ma colère sur les murs décrépits, comme tu l’avais fait avant moi. J’y chanterai à tue-tête un monde pur, l’amour, la charité et l’espoir d’être un jour juste quelqu’un de bien. Pour peu qu’on me tende la main, au lieu de m’enfoncer, me condamner sans me juger, sans évaluer ma détresse, mon angoisse, mon désarroi. N’est-ce pas ce que certains ont fait pour toi ?

          Pour un whisky volé, adieu la liberté.

          Au prix d’un astragale brisé, tu t’étais échappée… Quelques passes pour manger… Quelques casses pour survivre… t’y voilà retournée ! Cruelle destinée ; tunnel sans débouché, éternel recommencement de tes erreurs et errements ; éternel réenfoncement !

          Mais tu n’avais pas d’autre choix. Je le comprends : je suis comme toi.

          J’espère juste, petite chérie, mon aimée, mon idole, bien trop tôt disparue, qu’un jour passera près de moi un Jules – un Julien ? – comme le tien pour me montrer le droit chemin sur lequel nous irions, main dans la main, confiants dans un avenir meilleur, comme tu l’as fait un temps, ce temps de succès, de bonheur, jusqu’à votre garrigue.

          Vierge de « l’Oratoire »… vous l’aviez mérité !

          Tu n’avais pas trente ans quand ils t’ont transférée, sacrifiée à l’autel des « gensses » bien éduqués.

          Garde-moi une place là-haut. Je vais monter bientôt et c’est toi, Albertine, que je veux voir en premier. J’attends l’instant impatiemment.

          Dans cette attente je te serre dans mes bras.

Lettre de Paloma, 1ère ex-æquo catégorie de moins de 18 ans

Le 6 octobre 2019

Vous avez révolutionné le monde de la lecture

Un jour de septembre, j’entre dans une librairie l’air de rien. Une dame s’avance vers moi et me demande quel style de livre j’apprécie.

Je lui réponds que je lis de tout. C’est alors qu’elle me propose un livre que je ne connais pas : « Les mystères de Larispem ». Un livre à la couverture jolie et soignée.

Le résumé me plaît bien. C’est votre livre Lucie Pierrat-Pajot. Je paye et sors heureuse de mon achat.

En rentrant chez moi, je commence à lire la première page et tout de suite, je suis transportée avec les personnages : Carmine, Liberté et Nathanaël.

Je dévore ce livre page après page. C’est l’un des meilleurs livres que j’ai jamais lu. Je le vante dans la cour du collège et auprès de mes parents. C’est exceptionnel.

Cette facilité que vous avez à donner du suspense est fascinante.

Dans cette histoire, j’ai eu peur parfois, c’est vrai, il faut le reconnaître. Peu de temps après, j’ai fait énormément de recherches sur vous. Et si vous veniez un jour dans ma ville, je serais la première à vouloir être dédicacée.

Ce que j’ai le moins aimé, c’est à chaque fois le mot « à suivre… ». Mais pourquoi ??? Je trouve ça super cruel de faire ça à un lecteur !!! Surtout pour ce livre.

J’attends avec impatience la deuxième trilogie.

La vendeuse m’a conseillé votre livre et je lui en serai éternellement reconnaissante. Votre livre devrait être recommandé et lu en classe pour tous les collégiens de France !!! C’est un bonheur et un plaisir de lire vos livres. J’adore lire et cette passion s’est multipliée par mille en lisant vos livres. J’ai toujours adoré les romans de ce genre, ils nous font oublier que l’on vit dans un monde de fous et nous transporte dans un rêve fabuleux que l’on ne veut pas arrêter.

J’ai adoré voir Jules Vernes dans ces livres. Je le trouve fabuleux car il a une imagination folle et en même temps si belle. Vous lui ressemblez au niveau du genre littéraire. Carmine est super courageuse et je l’admire.

Liberté est la plus touchante je trouve, cette façon de voir le monde est fabuleuse. Comme elle, je suis un peu peureuse !!!

Quant à Nathanaël, il est si mature pour son âge car il est vraiment confronté à des choses terribles mais il est très intelligent et c’est ça que j’aime chez lui. C’est mon personnage préféré.

J’adorerais que votre livre soit adapté en film. N’oubliez pas que j’adore votre façon d’écrire et que quand j’écris cette lettre c’est avec une certaine émotion car ce livre a changé ma vision du monde.

Il est plus beau et plus fantastique. J’espère sincèrement que vous me lirez. Et comme a dit Christelle Dabos vos livres sont à lire ABSOLUMENT !!!

Cordialement et avec toute mon affection,
Votre lectrice et assidue fan.

Lettre d’Amandine, 1ère ex-æquo catégorie des moins de 18 ans

Destinataire :
Virginia Alexandra Stephen Woolf
Rodmell, Sussex de l’Est
Royaume Uni

Chère Virginia Woolf,

          Je ne sais pas où commencer, si je dois vous vouvoyer, ou bien te tutoyer. Nous ne nous connaissons pas et pourtant il me semble correct de pouvoir dire, qu’une partie de vous vit entre les lignes, les lettres, dans l’encre, dans l’histoire elle-même. Ces fragments de vie aussi futiles et imperceptibles qu’ils puissent être touchent encore des cœurs, le mien. Voilà pourquoi il est compliqué de parler de vous comme d’un fantôme, une chimère d’un temps révolu, car l’écrivain et son livre ne forment qu’un.

          Comme cela doit être agréable de se réveiller dans le calme, sentir la douce odeur de l’été puis le touché de l’herbe fraîche sous mes pieds. Tu es là assise à te délecter des rayons de soleil. Face à toi, sur une table… Tu écris, une tasse de thé, des toasts à la confiture, sans aucuns morceaux, tu détestes être surprise en pleine écriture par une sensation, une texture différente. La petite table ronde est drapée d’une nappe brodée de fleurs tantôt écloses tantôt trop timides pour ouvrir leurs pétales au monde.

          Assise au fond de ta chaise en osier, tu réfléchis crée un nouvel univers. Tes lettres forment des rêves, une nouvelle quête. Tu t’enfuis, tu abandonnes tes peurs à partir d’un crayon. C’est la meilleure solution pour oublier la peine ou encore cet autre sentiment qui n’a pas de nom, qui se glisse dans votre raison, votre cœur, qui vous empêche de respirer et vous questionne sur l’intérêt de continuer à faire semblant. Tu peux paraître être loin de moi et pourtant un fil, certes fragile, nous réunis.

          Tes histoires nous unissent par la délicate impression de pouvoir voir ce paysage à l’huile que tu peins à travers les yeux du personnage. Tu te places dans la vie de tes pantins de papier et offre ainsi les couleurs du monde à travers les lunettes de leurs vies.

          Je pense que toutes nos expériences de vie façonnent la vitalité de nos histoires. Écrire c’est enfermer un morceau de soi pour toujours.

          J’ai l’espoir, que peut-être, où que tu sois, à des années-lumière en tant qu’étoile ou alors juste à côté de moi, tu prennes conscience que ce morceau de toi je l’utilise pour me construire dans le temps.les lettes sont les caractères, les phrases sont ce qui nous façonnent, les personnages, mille et une vies possibles.

          De ta plume jaillit des récits descriptifs si bien écrit, que dans les mains du lecteur repose l’objet papier. Tu n’es pas folle, tu es différente, altruiste, courageuse et profondément malade de ce monde. Tu as peur de mourir, mais tu es effrayée par la vie, par ton existence. M’entends-tu de là où tu es ? Tu es une source filante, ton essence dispersée par ton dernier bain, filent arroser les esprits fins.

          Tu me fais signe de m’asseoir, je ne dis pas un mot, cela risque de briser la transe de l’auteur en pleine création. J’observe les branches se laisser bercer par la brise. Les oiseaux voltigent, s’amusant, se cherchant. Le doux son de la caresse du crayon sur le papier. Je m’apprête à te parler… Tu es partie envolée. Les arbres sont nus, l’air frais frappe ma peau, les feuilles gisent au sol. La vie a disparue, elle s’est endormie. Et je voudrais tant te parler, mais tu n’es plus. Le roman est fini, la dernière page tournée, il ne me reste plus qu’à ranger le livre, l’enterrer comme un être cher qui vous quitte. Tu nous as quittés mais je vais te dire quelque chose que je n’aime pas m’entendre dire, et qui pourtant me paraît vrai. Le suicide n’est pas un acte de lâcheté, je crois au contraire que c’est un acte de foi, de courage que d’abandonner une condition certaine, une réalité, la seule que l’on connaisse face à l’inconnu que l’on est pourtant certain d’être meilleur qu’aujourd’hui. Nous nous reverrons demain, je saurai vous reconnaître. J’ai déjà vu votre âme entre les lignes de vos livres.

Amicalement,
Galit.

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